- Un texte qui semble écrit par une IA perd une part de la confiance du lecteur, qu'il le soit ou non.
- Les tics de l'écriture générée tiennent en sept familles, plutôt simples à repérer en français.
- Une correction retire, remplace ou reformule ; un fait ajouté vient avec sa source.
Pourquoi le sujet compte pour une marque
Dans une étude commandée par la régie américaine Raptive en 2025, 3 000 adultes ont lu les mêmes contenus, présentés comme écrits tantôt par un humain, tantôt par une IA. Soupçonnés d'être générés, ils ont été jugés 48 % moins dignes de confiance, qu'ils le soient ou non. L'étude vient d'un acteur qui défend les contenus humains, et porte sur le marché américain seulement : nous ne connaissons pas de mesure française. Pour une marque, l'enjeu est concret : un texte relu se lit comme le vôtre, un texte qui sonne généré se lit comme celui de personne.
D'où viennent ces tics
Les LLM (les grands modèles de langage) écrivent ce qui est le plus probable, donc ce qui a été le plus écrit : les formules de la communication d'entreprise, les structures des posts qui « marchent », les tournures traduites de l'anglais. Le résultat est correct et fluide, mais il se reconnaît.
Les listes qui circulent en français sont souvent traduites de l'anglais (l'IA abuserait de « plonger » ou de « tapisserie »).
Les sept familles de tics, et leur correction
1. La mise en scène
Le texte annonce au lieu de dire : « ce n'est pas une question d'outils, c'est une question d'humain », « et c'est là que tout change », « vous vous dites peut-être que… », une question suivie de sa réponse en un mot, une chute de trois mots. Correction : dire la chose directement. « Recruter dépend moins de l'outil que de ceux qui s'en servent. »
2. Le rythme imposé
Tout va par trois (« rapide, fiable, humain »), les phrases commencent de la même façon, les deux-points dramatiques s'enchaînent, et le tiret long sert de ponctuation à tout faire. Correction : garder une énumération si ses trois éléments sont réels ; remplacer le tiret long par un deux-points, des parenthèses ou un point ; reformuler si nécessaire.
3. Le vocabulaire gonflé
« Véritable », « au cœur de », « incontournable », « levier », « booster », « dans un monde où », « plus que jamais ». Correction : supprimer d'abord. La phrase tient presque toujours sans. Les humains n'ont pas attendu l'IA pour en abuser ; elle a seulement appris d'eux.
4. La fausse autorité
« De nombreuses études montrent », « les experts s'accordent », un chiffre rond sans source, « 100 fois plus efficace ». Correction : citer la source avec sa date (voir comment une affirmation devient un fait). Si le chiffre porte le propos et que la source manque, le marquer « [source à fournir] » plutôt que de le supprimer ; une hyperbole chiffrée perd son chiffre et garde son idée.
5. Les résidus de conversation
« Bien sûr », « dans cet article, nous allons voir », « en conclusion », une dernière partie qui résume ce que le lecteur vient de lire. Correction : couper l'annonce, finir sur ce que le lecteur peut faire.
6. Les calques de l'anglais
« Faire du sens », « adresser un problème », « impacter », les titres Avec Une Majuscule À Chaque Mot, les guillemets droits. Correction : le mot français, et la typographie française.
7. La mise en forme décorative
Du gras sans enjeu, des puces pour des idées qui forment une phrase, des émojis en tête de liste, des intertitres génériques (« Les avantages »). Correction : le gras pour ce qu'on doit retenir, les puces pour ce qui s'énumère.
Combien de tics avant de reprendre un texte ?
Nous ne comptons que les tics nets (une formule de la liste, un tiret long, un chiffre sans source), une fois par phrase et par famille : trois mots gonflés dans la même phrase font un tic. Pour 300 mots, zéro ou un tic, le texte est publiable ; de deux à quatre, il l'est après corrections ; à partir de cinq, il est à reprendre en entier. Sous 300 mots (un post, un email), on lit le nombre brut : zéro ou un, deux ou trois, quatre et plus. C'est un repère de travail, sans calibrage statistique.
Tout ne se corrige pas : une énumération en trois temps est juste s'il y a trois choses à dire. Cette grille est un outil de relecture, pas un verdict : elle se trompe parfois, et nous aussi.
Ce que nous avons trouvé dans nos propres textes
Un post LinkedIn de 330 mots, déjà relu à la main : un tic, publiable. Un brouillon d'article jamais publié, 950 mots : six tics, soit près de deux pour 300 mots (publiable après corrections). Notre article sur le Marketing OS, 1 700 mots, avant sa mise en ligne : un tic, dans la première phrase. « C'est rarement le modèle qui manque : c'est tout ce qui l'entoure » est devenu « Le plus souvent, ce qui manque se trouve autour de lui. » La figure « ce n'est pas X, c'est Y » est celle qui revient le plus chez nous.
Humaniser un texte IA sans rien inventer
Pour rendre un texte vivant, les outils qui promettent de l'« humaniser » ajoutent une anecdote, un chiffre, un exemple. Le texte devient plus agréable, et faux. L'auteur d'humanizer l'a constaté sur son propre exemple, qu'il a réécrit pour que chaque détail vienne des notes de départ. Notre ordre : supprimer, puis remplacer, puis reformuler.
Une correction retire, remplace ou reformule. Si elle ajoute un nom, un chiffre ou un exemple, c'est un fait nouveau : il arrive avec sa source et sa date, ou il n'arrive pas.
Passez le dernier texte que votre équipe a publié avec l'aide de l'IA à la Skill contenu-relecture-tics-ia du Pack Marketing Skills : elle relève chaque tic avec sa citation, situe le texte sur le repère et propose la correction la plus courte. Corrigez ensuite trois tics, en commençant par la famille qui revient le plus souvent dans votre texte.
« Qui relit nos textes écrits avec l'IA, et avec quelle liste ? » Si personne ne sait répondre, la liste ci-dessus est un début.
Ce qu'on nous demande sur les textes qui sonnent IA.
Un détecteur d'IA suffit-il pour savoir si un texte sonne IA ?
Pas pour le corriger. La plupart des détecteurs rendent un score de probabilité, sans dire comment réécrire. Le lecteur, lui, réagit à des formules précises : une liste de tics et une relecture y répondent directement.
Faut-il bannir le tiret long ou tiret cadratin ?
Dans un texte de marque, oui. Le français s'en sert pour les dialogues et certaines incises, mais il est devenu l'un des signes les plus cités de l'écriture générée, au point qu'OpenAI a ajouté en novembre 2025 une consigne pour que son assistant s'en passe (Blog du Modérateur, avril 2026). Un deux-points, des parenthèses ou un point font le même travail.
Peut-on demander à l'IA de corriger ses propres tics ?
Oui, à condition de lui donner la liste et la règle : sans liste, la correction déplace le problème ; sans la règle, elle invente des détails pour rendre le texte vivant. Pour qu'elle écrive ensuite comme vous, donnez-lui aussi le document de référence de votre marque, que le Pack Positioning vous aide à produire.
Cette relecture fonctionne-t-elle avec n'importe quel assistant ?
La liste et la règle, oui : collez-les dans les consignes de votre assistant habituel. La Skill est un fichier au format ouvert des Agent Skills, conçu pour Claude et repris par d'autres outils ; vérifiez la prise en charge chez le vôtre.
Par où commencer
Nous avons transformé cette grille en Skill, contenu-relecture-tics-ia. Elle relève chaque tic avec sa citation exacte, propose la correction la plus courte, refuse tout ajout de fait et rend un verdict selon le repère ci-dessus. Elle est dans le Pack Marketing Skills, en usage libre. Pour appliquer ensuite la voix de votre marque, enchaînez avec contenu-redaction-voix-de-marque, dans le même pack.
Pour aller plus loin : humanizer (GitHub, licence MIT, plus de 54 000 étoiles en octobre 2026), fondé sur la page de Wikipédia en anglais « Signs of AI writing » ; Raptive, « The “AI stink” is real, and it's costing brands », 2025 ; Blog du Modérateur, « Le tiret cadratin est mort, vive le tiret cadratin », avril 2026.
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Julien Fauvel, pour MarkenTIQ (markentiq.com) · 8 octobre 2026