- Indépendant : pouvoir changer de modèle, d'exploitant ou d'outil sans tout refaire. Souverain : connaître le droit qui s'applique à chaque couche, et le choisir européen là où vos données l'exigent.
- Souverain, ouvert et moins cher vont souvent ensemble. Trois tensions obligent à arbitrer : le coût de l'hébergement en propre, la performance, l'origine des meilleurs modèles ouverts.
- À l'échelle d'une équipe, la facture des modèles pèse peu (de 4 € à 96 € par mois dans notre exemple de prix) ; le temps d'écrire et de relire pèse davantage. Le modèle se loue, le savoir-faire reste à vous.
Inférence : où tourne le modèle, et qui l'exploite ?
L'inférence, c'est le traitement de votre demande par le modèle. Quatre options :
- à l'éditeur, par son assistant ou son API (souvent aux États-Unis) ;
- à un grand cloud américain en région européenne, ou à un opérateur français sur technologie américaine (S3NS, Bleu) ;
- à un exploitant européen qui sert des modèles ouverts (Scaleway, OVHcloud…) ;
- à vos propres serveurs.
Exemple : la legaltech Haiku (sans lien avec le modèle d'Anthropic) en combine deux : ses documents sont stockés chez S3NS et ne passent chez Scaleway que le temps du traitement, sans y être conservés (L'Usine Digitale, octobre 2026).
Première tension : héberger un modèle soi-même demande des processeurs graphiques et des compétences rares. Pour une équipe marketing, le plus simple reste de payer un exploitant à l'usage, au million de tokens, comme dans le tableau plus bas.
Quel droit s'applique à vos données marketing ?
CRM, listes d'e-mails, comptes rendus de rendez-vous : ce sont des données personnelles, soumises au RGPD.
- Le transfert : un fournisseur qui traite ces données aux États-Unis s'appuie le plus souvent sur l'un de deux cadres. Soit le Data Privacy Framework, l'accord entre l'UE et les États-Unis, validé par le Tribunal de l'UE en 2025 mais contesté devant la Cour de justice. Soit des clauses contractuelles types : un modèle de contrat publié par la Commission européenne, par lequel le fournisseur s'engage à protéger les données.
- L'accès des autorités : le CLOUD Act permet à la justice américaine d'exiger les données d'un fournisseur soumis au droit américain, où que soit le centre de données ; la section 702 du FISA sert, elle, le renseignement. Héberger en Europe ne suffit donc pas.
SecNumCloud 3.2, la qualification de l'ANSSI, écarte les prestataires dont le siège est hors de l'UE ou qui dépendent du capital d'acteurs non européens. S3NS, bâti sur la technologie de Google Cloud, a obtenu cette qualification en décembre 2025 pour son offre PREMI3NS. Les niveaux SEAL sont des notes de 0 à 4 que la Commission européenne attribue dans ses propres marchés. Trois lauréats européens y ont obtenu SEAL-3 ; un consortium appuyé sur S3NS, SEAL-2. Une qualification qui protège du droit étranger ne dit donc pas tout de la dépendance technologique.
Quel modèle : américain, européen ou chinois, ouvert ou fermé ?
Deuxième tension : en tête de l'indice d'Artificial Analysis, un indice général qui ne mesure pas une tâche marketing, on trouve des modèles américains et fermés, ceux d'Anthropic d'abord (58 points pour le premier). Le quatrième, Kimi K3.1 Pro du chinois Moonshot AI, obtient 55 points ; ses poids sont annoncés ouverts pour début novembre.
Troisième tension : parmi les modèles dont les poids sont déjà publiés, les meilleurs sont chinois, MiMo-V2.6-Pro de Xiaomi (46 points) et DeepSeek V4.1 Flash (45) en tête. Mistral Large 4, encore en préversion, obtient 38 points : ce serait le meilleur modèle européen à poids ouverts, juste derrière Muse Spark Open de Meta (39), premier modèle ouvert américain. Ses poids sont annoncés pour fin octobre, licence non précisée, et Artificial Analysis prévient que son score changera sans doute avec la version finale.
Quelques exemples de gammes différentes, prix en euros par million de tokens :
¹ Hypothèse : 24 millions de tokens envoyés, 6 millions reçus par mois, calcul sur les prix avant arrondi. ² Anthropic ne publie ses prix qu'en dollars : convertis au cours de la BCE du 23 octobre 2026. Le même modèle, gpt-oss-120b, est servi par deux exploitants français à deux prix : on peut changer d'exploitant sans changer de modèle.
Un modèle chinois ouvert servi à Paris garde vos données en Europe ; c'est une option légitime et peu chère. Le risque tient au modèle lui-même (entraînement, biais) : testez-le avant de lui confier un texte publié ou un agent qui écrit dans vos outils.
Reste la licence. Chez Mistral, certains modèles sont sous licence Apache 2.0, d'autres sous une licence modifiée ou réservée à l'usage commercial payant : lisez celle du modèle choisi.
SaaS et outils : dépendre, ou être remplacé ?
Votre CRM a souvent son IA, branchée sur un modèle que vous n'avez pas choisi : HubSpot, éditeur américain, cite OpenAI parmi ses fournisseurs.
- La dépendance : prix, rachat, accès coupé. Le Data Act oblige déjà le contrat à lister les données que vous pouvez récupérer. À partir du 12 janvier 2027, il interdit aussi aux fournisseurs de cloud et de logiciels en ligne de vous facturer le fait de partir chez un concurrent.
- Le remplacement : début 2026, les valeurs du logiciel ont chuté à l'arrivée de plugins métier pour agents, des analystes craignant que les équipes construisent elles-mêmes certains outils. Selon eux, les outils fondés sur des données propres ou la conformité résistent mieux.
Entre outils et agents, le MCP devient le branchement standard. Le protocole est ouvert, mais chaque connecteur donne des droits à l'agent : son droit d'écrire et d'agir se décide outil par outil.
Logiciels open source : que gagne-t-on, que reste-t-il à payer ?
La plupart des outils du marketing ont un équivalent open source : code publié, installé chez vous ou chez un hébergeur européen, et dont vous sortez avec vos données. Quelques exemples, pas une liste exhaustive :
Ces logiciels s'installent souvent dans des conteneurs (Docker) ; pour un modèle ouvert, Ollama le fait tourner sur vos propres machines. Le code est gratuit ; l'hébergement, les mises à jour et la sécurité se paient, en temps ou en prestataire. Le code, lui, ne peut pas vous être retiré : quand SugarCRM a cessé de développer sa version libre, en 2014, d'autres l'ont reprise sous le nom de SuiteCRM.
Une nuance : n8n, très répandu, publie son code sous une licence « fair-code » qui en encadre l'usage commercial ; ce code se consulte, sans être open source au sens des licences du tableau.
Le savoir-faire : choisir le modèle agent par agent
Chaque agent touche ses propres données, et son modèle se choisit en conséquence.
Orchestrateur, analyste de performance
Données : internes, parfois personnelles
Modèle et exécution : le meilleur disponible ; s'il lit le CRM, servi en Europe
Veille, référencement, rédaction, réseaux sociaux, e-mail
Données : surtout publiques
Modèle et exécution : ouverts et peu chers pour le volume
Ciblage, enrichissement, séquences, rendez-vous, CRM
Données : personnelles
Modèle et exécution : servi en Europe ; aucun envoi sans validation humaine
Voix de marque, conformité
Données : tout ce qui sort
Modèle et exécution : un autre modèle que celui qui a produit
Le format des procédures écrites se transporte : celui des Skills est un standard ouvert depuis décembre 2025, confié le 22 octobre 2026 par Anthropic à l'Agentic AI Foundation, hébergée par la Linux Foundation, qui gère déjà le MCP. La qualité, elle, se reteste à chaque changement de modèle.
Par où commencer
Inventorier, avec le DPO, agents et outils et les données que chacun touche.
Demander à l'éditeur du CRM quel modèle il appelle, d'où, avec quels sous-traitants.
Tester un second modèle, d'une autre origine, sur un livrable que vous connaissez.
Les questions à poser, avec la DSI et le juriste
- Qui exécute le modèle, et où ?
- Les données sont-elles conservées après traitement, et combien de temps les journaux ?
- Servent-elles à l'entraînement ?
- Peut-on changer de modèle sans changer d'exploitant ?
Preuve à demander : contrat, accord de traitement (DPA), politique de conservation
- Quelle base de transfert hors UE ?
- À quel droit l'exploitant et ses sous-traitants sont-ils soumis ?
- Quelle qualification ?
- Que prévoit le contrat face à la demande d'une autorité étrangère ?
Preuve à demander : liste des sous-traitants, attestation de qualification
- Quelle licence, exactement ?
- Comment la version est-elle figée, avec quel préavis de retrait ?
- La tâche exige-t-elle le meilleur modèle du moment ?
- Un second modèle a-t-il été testé ?
Preuve à demander : licence, politique de versions, résultat du test
- Quel modèle votre CRM appelle-t-il ?
- Quelles données et quels historiques sortent, dans quel format ?
- L'outil ouvre-t-il une API ou un serveur MCP ?
- Existe-t-il une alternative open source, et qui l'hébergerait ?
Preuve à demander : clause de réversibilité, export d'essai
- Où sont écrites vos procédures et vos critères ?
- Quel agent touche quelles données ?
- Qui valide ce qui sort ?
Preuve à demander : inventaire des agents, journal des décisions
* La grille part dans votre presse-papier, au format Markdown, cases à cocher et colonnes Réponse, Date, Preuve obtenue comprises : collez-la dans un document partagé ou dans votre assistant IA.
Pour conclure, notez pour chaque ligne la réponse, sa date et la preuve reçue : une réponse sans preuve écrite compte comme non obtenue, et un fournisseur reste à instruire tant qu'une ligne Inférence ou Données et droit n'a pas sa preuve.
Ce qu'on nous demande.
Un LLM open source est-il souverain ?
Pas par nature. Comme ses poids sont publiés, vous pouvez le faire tourner chez l'exploitant de votre choix ou sur vos propres serveurs, sans passer par l'éditeur. La souveraineté se joue sur ce choix : qui exploite le modèle, où, et sous quel droit.
Un cloud souverain en France protège-t-il du CLOUD Act ?
Pas si l'exploitant ou l'un de ses sous-traitants est soumis au droit américain ; une présence aux États-Unis peut suffire. Le lieu du centre de données ne règle pas la question.
Faut-il éviter les modèles chinois ?
Pas forcément. Servis en Europe par un exploitant européen, ils laissent vos données en Europe. Le risque tient au modèle lui-même. Sur des modèles DeepSeek de 2025, le CAISI, un institut public américain rattaché au NIST, a relevé quatre fois plus de reprises de récits inexacts du Parti communiste chinois que chez les modèles américains de référence, et des agents qui suivaient en moyenne douze fois plus souvent des instructions malveillantes. Testez le modèle retenu sur vos tâches, sujets sensibles compris, avant de lui confier un texte publié ou un agent qui agit dans vos outils.
L'AI Act change-t-il le choix du modèle ?
Peu. Comme utilisatrice, votre entreprise doit former ses équipes et, dans certains cas, signaler les contenus générés ; ces obligations valent quel que soit le modèle.
Note de méthode
prix relevés le 22 octobre 2026 et revérifiés le 26 octobre sur les pages officielles : Scaleway (hors taxes) et OVHcloud (catalogue AI Endpoints, en euros hors taxes : le catalogue de commande public d'OVHcloud donne pour gpt-oss-120b un prix hors taxes et la TVA à part) ; Anthropic en dollars, hors taxes, converti au cours de référence de la BCE du 23 octobre 2026 (1 € = 1,1193 $) ; Mistral ne publie pas de prix par modèle en euros sur sa page de tarifs, d'où l'exemple d'un modèle Mistral servi par Scaleway. Exemple mensuel calculé sur l'hypothèse indiquée, arrondi à l'euro ; un agent qui lit de longs documents peut multiplier ce volume. Indice d'Artificial Analysis lu le 26 octobre 2026 (Kimi K3.1 Pro ajouté le 23 octobre, Muse Spark Open le 15, Mistral Large 4 en préversion le 6) ; classement des modèles à poids publiés d'après Trending Topics (24 octobre 2026) : un indice général, qui ne mesure pas une tâche marketing. Au 26 octobre, Mistral Large 4 est le modèle européen le mieux noté de l'indice ; la documentation de Mistral le présente en préversion publique, poids « bientôt » disponibles, licence non précisée. La section 702 du FISA n'a pas été renouvelée par le Congrès en juin 2026, mais la collecte se poursuit sous des autorisations valables jusque vers mars 2027. Le Data Act couvre les services de traitement de données, logiciels en ligne compris. MarkenTIQ publie des procédures en accès libre et travaille avec Claude, Vibe et ChatGPT. Licences des logiciels open source relevées le 22 octobre 2026 sur leurs dépôts publics ; les exemples ne sont pas des recommandations. Cet article ne vaut pas avis juridique.
Pour aller plus loin : L'Usine Digitale, « Après S3NS pour ses données, Haiku choisit Scaleway pour héberger ses modèles d'IA », octobre 2026 ; Commission européenne, « Commission advances cloud sovereignty through strategic procurement », avril 2026 ; ANSSI, référentiel SecNumCloud 3.2 ; Le Monde Informatique, qualification SecNumCloud de S3NS, décembre 2025 ; Data Act, article 25 et article 29 ; European Martech, état du Data Privacy Framework, juin 2026 ; Brennan Center, section 702 du FISA en 2026 ; DeepSeek, dépôt DeepInfer ; Artificial Analysis, classement des modèles, article sur Mistral Large 4 et journal des ajouts ; Trending Topics, « Kimi K3.1 Pro », octobre 2026 ; VentureBeat, « Meta unveils Muse Spark Open », octobre 2026 ; Anthropic, tarifs ; Scaleway, tarifs des Generative APIs ; Mistral, documentation des modèles et fiche de Mistral Large 4 ; OVHcloud, catalogue AI Endpoints ; BCE, cours de référence de l'euro ; Mon Carnet, « OVHcloud veut lancer sa propre IA en 2027 », octobre 2026 ; Clubic, annonce de Mistral Large 4 ; HubSpot, FAQ sur son infrastructure IA ; The Batch, « Claude Cowork plugins trigger a SaaS stock selloff », février 2026 ; Anthropic, don du MCP à l'Agentic AI Foundation, décembre 2025 ; annonce du standard ouvert Agent Skills, décembre 2025 ; Anthropic, don d'Agent Skills à l'Agentic AI Foundation, et Linux Foundation, communiqué de l'Agentic AI Foundation, octobre 2026 ; NIST, évaluation des modèles DeepSeek par le CAISI, septembre 2025 ; Future of Privacy Forum, calendrier de l'AI Act après l'Omnibus ; dépôts de Twenty, Listmonk, Mautic, Postiz, Matomo, Activepieces, SuiteCRM, Ollama et n8n ; Wikipédia, historique des licences de SugarCRM.
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Julien Fauvel, pour MarkenTIQ (markentiq.com) · 26 octobre 2026