Journal · Épisode 5 · 10 min de lecture

MarkenTIQ, construit en public : épisode 5

L'épisode 4 s'achevait sur l'ouverture du site et promettait un premier relevé honnête. Le voici, et il n'est pas flatteur : pendant deux jours, le site n'a rien mesuré du tout, et l'outil de diagnostic officiel indiquait que tout allait bien. Cet épisode raconte cette panne et sa cause exacte, l'ouverture du troisième cercle du Lab, la découverte que nos packs n'étaient pas installables, un test de terrain sur une mécanique très répandue, et ce que les IA racontent de nous quand elles ne nous connaissent pas.

Deux jours sans mesure, et un diagnostic qui disait le contraire

Le site est ouvert depuis le 1er août. Le 3, en vérifiant les premiers chiffres, nous découvrons que rien n'a été collecté. Zéro session, zéro événement, sur deux jours entiers.

La cause tient en une règle de sécurité. Le site publie une politique de sécurité du contenu qui déclare, domaine par domaine, à qui le navigateur a le droit de parler. Nous y avions autorisé analytics.google.com. Or le marqueur de mesure n'envoie pas ses données à cette adresse : il les envoie à region1.analytics.google.com, un sous-domaine. Et une règle de ce type, écrite sans caractère générique, ne couvre aucun sous-domaine. Le navigateur bloquait donc chaque envoi, en silence.

Le plus intéressant n'est pas l'erreur, c'est ce qui a empêché de la voir. L'outil de diagnostic de Google, censé vérifier la qualité de l'installation, listait bien les domaines à autoriser : il ne mentionnait pas celui qui était réellement utilisé. Nous avons corrigé une première fois d'après cette liste. La collecte est restée morte.

Ce qui a réglé la question, c'est d'arrêter de faire confiance aux outils et de regarder ce que la page fait vraiment. Nous avons remplacé, le temps d'un test, les quatre mécanismes par lesquels un navigateur peut émettre une requête, puis déclenché un événement et lu la liste des adresses réellement appelées. Le sous-domaine est apparu en trois secondes.

La leçon est devenue une règle de méthode chez nous, et elle vaut au-delà de ce cas : face à un comportement invisible, on n'ajoute pas une hypothèse, on instrumente. Un diagnostic fourni par l'éditeur d'un outil décrit ce que l'outil est censé faire, pas ce qu'il fait.

Effet de bord utile : la même passe d'instrumentation a montré qu'un navigateur ne rapporte pas les envois faits par sendBeacon dans ses outils de performance. Une mesure peut donc partir sans laisser de trace là où on la cherche.

Le troisième cercle du Lab TIQ est ouvert

Le Lab TIQ décrit trois cercles depuis l'ouverture du site : les lecteurs, les utilisateurs enregistrés, et les membres contributeurs. Le troisième était annoncé et n'avait jamais été activé. Il l'est.

Le principe est inhabituel, et c'est le seul qui nous intéresse. Un praticien propose une méthode ; nous l'exécutons nous-mêmes ; nous la publions sous sa signature, avec le compte rendu de ce que ça a donné à côté. Ce n'est pas une tribune, ce n'est pas un espace invité. Ce qu'un contributeur y gagne n'est pas de la visibilité, dont il n'a en général pas besoin : c'est une vérification par quelqu'un d'autre que lui, sur un cas qui n'est pas le sien.

Ouvrir posait un problème que nous n'avions pas vu tout de suite. Le site affirme que tout ce qui est publié est passé au TIQ : testé, itéré, qualifié. Publier une seule contribution non testée sans le dire rendrait cette phrase fausse pour tout le reste du site, rétroactivement. Mais en le disant, c'est parfaitement possible : la promesse porte sur la transparence du traitement, pas sur l'obligation de tout tester.

D'où la pièce centrale du dispositif : chaque contribution publiée porte une ligne visible qui dit la date, la profondeur et le périmètre de son test. Trois niveaux, et aucun n'est un jugement de valeur : testé, testé partiellement, non testé. Nous n'avons pas toujours le temps d'un cas complet, et nous préférons le dire que le laisser croire.

La règle est câblée, pas seulement écrite : l'écran de modération refuse de publier une contribution tant que son niveau de test n'est pas renseigné.

Autre point que nous tenons à dire, parce qu'il rend l'invitation acceptable : la sélection se fait en amont. Une méthode qui ne tient pas est écartée à la qualification, en privé, avec une réponse motivée. Elle n'est jamais publiée puis démolie. Un compte rendu en ligne ne porte donc que sur des méthodes déjà jugées recevables : il décrit des limites et des conditions d'emploi, pas un verdict. Le cadre est publié en entier.

Nos packs n'étaient pas installables

Nous publions quatre packs de méthode et plus de soixante Skills. Une Skill, chez nous comme ailleurs, est un mode d'emploi qu'une IA exécute seule. Les agents qui les reconnaissent nativement attendent une forme précise : un dossier par Skill, contenant un fichier SKILL.md, posé directement dans un répertoire dédié.

En vérifiant, nous avons trouvé trois structures différentes sur quatre packs. L'un rangeait ses Skills dans un niveau de dossiers supplémentaire, par famille : l'agent ne les découvrait pas. Un autre les posait à plat, en simples fichiers, sans dossier : ce pack n'était pas installable du tout. Quelqu'un qui le téléchargeait obtenait vingt et un fichiers à réorganiser lui-même avant que quoi que ce soit ne fonctionne. Les deux derniers ne contiennent pas de Skills : ce sont des kits de documents, et c'est très bien, mais rien ne le disait.

Tout est aligné depuis. Un dossier par Skill, la famille portée par le préfixe du nom plutôt que par un dossier intermédiaire, et le nom du dossier identique à celui déclaré dans le fichier. Le répertoire se copie désormais tel quel, sans rien comprendre ni rien corriger.

Les deux kits ont reçu chacun une Skill d'orchestration, qui déroule leurs gabarits dans l'ordre et sait à quels moments s'arrêter pour demander une validation.

Et en vérifiant les archives réellement servies, nous avons trouvé pire que le format : les fichiers en ligne dataient de fin juillet et étaient antérieurs aux versions décrites sur les pages. Le site distribuait des packs plus anciens que ce qu'il annonçait, depuis une semaine. Personne ne l'avait vu, ni nous, ni un audit externe qui pointait pourtant le risque au bon endroit sans le mesurer.

La correction de fond est écrite pour plus tard : un fichier de manifeste par pack, produit à la construction, dont les pages tireront leurs chiffres au lieu de les répéter à la main.

Nous avons testé le « commente pour recevoir », treize fois

Le format est partout : un créateur annonce une ressource, demande un commentaire avec un mot-clé, souvent une connexion et un like, et promet d'envoyer le lien en message privé. Avant de décider si nous devions faire pareil, nous avons joué le jeu, en client, sur treize publications totalisant 10 240 commentaires, huit auteurs, deux langues, sur une fenêtre d'un mois.

Nous avons déposé le mot demandé à chaque fois, liké, et nous nous sommes connectés quand c'était exigé, ce que réclamaient cinq consignes sur treize.

Dix messages nous sont parvenus, dont un doublon, et quatre seulement après une relance ou une demande explicite de notre part. Trois publications n'ont jamais rien produit, dont la plus commentée du lot, 3 650 commentaires.

Mais le chiffre n'est pas le sujet. Quatre des neuf ressources reçues n'étaient pas accessibles directement : l'une menait à une page annonçant « sept outils, tous gratuits » dont six étaient en réalité derrière un formulaire email de plus, deux passaient par un service qui envoie automatiquement le lien et capte au passage email, nom et téléphone, une autre renvoyait vers un contenu encore à « réclamer ». Une seule était en téléchargement direct, et il faut le dire aussi.

Et deux auteurs différents, le même jour, ont décrit eux-mêmes leur livraison comme automatisée. Le premier, à qui nous demandions s'il était un robot, a répondu non, puis a reconnu employer l'outil de sa propre entreprise pour « gérer » ses échanges. Le second, sans qu'on lui demande quoi que ce soit, a écrit : « i guess something went wrong with the automation ». Le plus parlant reste une relance reçue avant toute livraison : on nous demandait ce que nous pensions d'un document qui ne nous avait jamais été envoyé.

Ce n'est pas de la négligence, et l'arithmétique le montre. Tenir ces treize promesses à la main, à une minute par message, représente environ 171 heures, plus de quatre semaines à temps plein. Les automatiser tombe sous la clause 8.2.13 des conditions d'utilisation de LinkedIn, qui interdit depuis novembre 2025 les méthodes automatisées non autorisées pour envoyer ou rediriger des messages, et l'étend explicitement aux commentaires, likes et partages. Quant aux outils qui le proposent malgré tout, ils annoncent un plafond de vingt-cinq envois par jour : cent quarante-deux jours pour vider cette file.

Il n'y a pas de troisième voie : outiller la livraison, avec ce que cela ajoute au troc, ou décevoir. Le troc annoncé est un commentaire contre une ressource ; le troc réel est un commentaire contre le droit de redonner ses données. Et le créateur ne le sait pas : il voit ses commentaires, jamais son taux de livraison, puisque rien n'est mesuré.

Notre décision : nous ne le ferons pas. La raison décisive n'est ni juridique ni algorithmique, elle est de cohérence. Notre proposition entière tient dans le fait que la méthode est publiée en accès libre. Mettre un péage devant une méthode dont l'argument est qu'elle n'en a pas serait une contradiction visible par n'importe quel lecteur attentif.

Ce que les IA racontent de nous

Nous publions des méthodes pour être visible dans les réponses des IA. Il fallait bien un jour mesurer la nôtre. Nous avons posé un dispositif de suivi sur cinq moteurs, avec cinq questions qui ne nomment jamais MarkenTIQ : seules celles-là mesurent une visibilité spontanée.

Nous nous attendions à zéro citation. Le site a quatre jours, aucun lien entrant, et les robots viennent à peine de passer. Le résultat est autre chose.

Interrogé sur MarkenTIQ, ChatGPT ne répond pas qu'il ne connaît pas. Il produit une description entièrement fausse, en anglais, d'une agence spécialisée dans l'analyse de perception de marque et le branding stratégique pour les grandes entreprises, avec diagnostics de marque et benchmarks concurrentiels. Rien n'est vrai : ni le métier, ni la cible, ni la proposition. Le moteur a lu « Marken », qui évoque la marque en allemand, et a fabriqué le reste.

C'est un enseignement que nous n'avions pas anticipé, et il déplace nos priorités. Le modèle du Pack GEO distingue quatre couches : découvrabilité, clarté, autorité, confiance. Nous pensions commencer par la première. C'est la deuxième qui est en cause. Une marque absente se construit ; une marque mal décrite se corrige, et c'est plus urgent, parce qu'un lecteur qui vérifie avant de répondre reçoit aujourd'hui une réponse fausse et assurée.

Le même jour, un autre modèle a produit un audit complet de notre site, à notre demande. Nous l'avons repris point par point, dans le code source, avant d'en appliquer la moindre ligne. Le bilan mérite d'être dit : trois des phrases qu'il citait entre guillemets comme figurant sur le site n'y figurent pas. Elles sont plausibles, bien tournées, cohérentes avec le ton du site. Elles n'existent nulle part. Deux autres reproches portaient sur des manques déjà comblés.

Deux de ses remarques, en revanche, étaient justes, et l'une d'elles nous a fait retirer une phrase du site. Un audit produit par une IA se lit donc comme une liste d'hypothèses à vérifier, jamais comme un constat. C'est exactement la règle de la panne de mesure, appliquée à un autre outil : on ne corrige pas d'après un rapport, on corrige d'après ce qu'on a vérifié soi-même.

Le relevé complet, moteur par moteur, arrive dans l'épisode suivant.

Le reste, en bref

La marque est déposée. MarkenTIQ, marque verbale, déposée à l'INPI le 3 août sous le numéro national 5284709, en quatre classes couvrant les publications téléchargeables, le marketing, la formation et l'intelligence artificielle. Publication au bulletin officiel attendue vers la mi-septembre, fenêtre d'opposition jusqu'à la mi-novembre.

Le glossaire s'est ouvert aux propositions. Premier terme entré par cette voie : AEO, optimisation pour les moteurs de réponses. Et une vérification des volumes de recherche réels a montré que les termes de notre glossaire et les termes que les gens cherchent ne se recouvrent qu'à moitié : le plus demandé d'entre eux n'y figurait même pas.

La mesure des liens a sa convention, et un piège de moins. Chaque lien posé hors du site porte désormais un balisage normalisé, pour savoir quel sujet et quel émetteur amènent des visites. Le premier test a failli conclure à un échec : le rapport en temps réel de l'outil n'expose que la toute première source d'un visiteur, jamais celle de la visite en cours. Nous regardions la mauvaise mesure, pas le mauvais lien.

Un miroir, et pas un canal de plus. Le nom est réservé sur Substack, mais rien n'y sera publié en premier : la newsletter part d'ici, et sa copie n'y arrive que vingt-quatre heures plus tard, avec un lien canonique qui désigne le site comme l'original. Ouvrir une façade de plus qu'on n'alimente pas coûte plus cher que de n'en ouvrir aucune.

Une phrase a été retirée du site. Deux pages affirmaient que chaque Skill est éprouvée sur des cas réels. Nos tests portent sur des packs, sur des cas identifiés, pas sur soixante Skills une par une. La formulation dépassait ce que nous pouvons montrer : elle est remplacée par ce qui est vrai et vérifiable.

Les mesures, épisode 5

Trafic du site : aucun chiffre exploitable. La collecte n'a repris que le 3 août en fin de journée, et les premières heures restent dominées par nos propres tests de recette. Le premier relevé honnête sera dans l'épisode 6. Nous préférons ne rien publier que publier un chiffre qui ne veut rien dire.

Indexation : 27 URL relues par Search Console. Le rapport d'indexation sera disponible dans les jours qui suivent.

Citations dans les réponses des IA : dispositif de suivi posé sur cinq moteurs, cinq questions génériques, premier constat ci-dessus. Zéro citation spontanée attendue et à confirmer ; une description fausse constatée sur un moteur.

Ce qui a changé depuis l'épisode 4 : la mesure remise en état après deux jours de panne, le troisième cercle du Lab ouvert avec ses niveaux de test publiés, quatre packs restructurés et redevenus installables, une marque déposée, un dispositif de contribution complet avec son écran de modération, et une promesse de trop retirée du site.

Ce que nous retenons

Trois choses, et elles se ressemblent plus qu'il n'y paraît.

Un outil qui vous dit que tout va bien ne remplace pas une observation directe. Une promesse écrite sur un site n'a de valeur que si le code l'empêche d'être contournée. Et un format qui marche très bien pour celui qui le publie peut ne rien livrer du tout à celui qui y répond.

Dans tous les cas, la même chose s'est jouée : l'écart entre ce qui est affirmé et ce qui se passe réellement. C'est précisément ce que ce journal existe pour raconter.

MarkenTIQ · 3 août 2026

La suite

Le relevé complet de visibilité IA

L'épisode 6 publiera le panel complet, moteur par moteur, avec le protocole et les réponses intégrales. Y compris s'il ne trouve rien : une base de départ à zéro, datée et reproductible, vaut mieux qu'un chiffre confortable.

Pour être prévenu : la newsletter. Pour juger sur pièce : les packs, en accès libre.